“Le sport a le pouvoir de changer le monde, celui de rassembler et de créer l’espoir », comme disait Nelson Mandela. Au Sénégal, cette vertu du sport est sapée par des crises ayant des origines diverses. Du Football au Basketball en passant par les arts martiaux, la lutte, etc., les acteurs ne cessent de clamer justice, transparence, équité et moyens. Pour des disciplines populaires comme le Football et la lutte, la violence ne cesse d’émailler les activités aux grands enjeux.

Même si d’aucuns pensent que l’incapacité des dirigeants est le nœud des échecs répétés de notre football, il n’en demeure pas moins que d’autres facteurs connexes influent sur les performances du Sénégal dans ce domaine. Le limogeage ou la démission sont considérés comme un moyen de mettre fin aux calvaires, mais le problème est plus profond que cela. Nous devons repenser la gouvernance du sport national. La discrimination entre les disciplines et à l’intérieur d’une même discipline annihile la dynamique unitaire nécessaire pour le succès. Nos gouvernants sont conscients de ce déséquilibre dans la gestion de l’enveloppe remise aux disciplines, au point que le Premier Ministre, lors d’un face à face avec la presse, suite à la déroute de l’équipe nationale, soutenait que les fonds de l’Etat destinés au sport seront répartis en fonction des résultats des disciplines.

Cette décennie est marquée par des remous dans le monde sportif sénégalais. Des acteurs tels que des promoteurs de lutte ne cessent d’être cités dans des pratiques défiant toute orthodoxie (escroquerie, blanchiment d’argent sale…). La lutte est devenue un phénomène social à forte incidence sur le comportement des jeunes et l’intégration des peuples. Pour protéger le jeune écolier qui s’empressait de suivre, à la fin de ses cours, les entrainements des lutteurs dans son école, le Préfet de Dakar a interdit ces activités dans les établissements scolaires. Allons-nous laisser les écoliers, jeunes innocents qui aspirent être les futurs leaders de notre pays, se distraire par des activités qui contribuent plus à leur échec qu’à leur réussite ? Je dis non!

Notre sport a mal. L’avenir de notre Football vient de subir un sacré coup avec la suspension d’un an du stade Léopold Sédar Senghor, seule infrastructure nationale pouvant accueillir les matchs des lions, doublée d’une amende d’une vingtaine de millions que nous a infligée la confédération Africaine de Football (CAF). Même les arts martiaux dont le socle primaire demeure la philosophie de la maîtrise de soi, sont devenus des théâtres d’échanges acerbes et de positionnement des dirigeants. Les conséquences du pilotage à vue des grandes fédérations d’arts martiaux ont plongé ces instances qui faisaient tant de fierté au Sénégal, totalement dans le noir. Le judo est dans l’impasse et risque l’institution d’un Comité National Provisoire, le Karaté dans la consternation suite à des positionnements opportunistes dans son Comité Directeur national, le bicéphalisme (AVIS/SNP) du Viet Vo Dao mine l’essor de cette discipline, l’escrime en électron libre, le taekwondo, le Kung-fu, etc. Partout, des groupes se forment par affinité et non par conviction. Le rêve des athlètes se transforme en un véritable cauchemar ! Allons-nous continuer à afficher un silence coupable face à ces jeunes athlètes qui prennent la tangente dans les capitales européennes suite aux joutes internationales ? Je dis non !

Le problème de nos sports est très complexe. Le conflit de génération plombe le sport au Sénégal. Pratiqués majoritairement par les jeunes, nos sports restent administrés principalement par des vieux. Il est alors important d’analyser sous plusieurs angles la « relation triptyque » liant les athlètes, les administrateurs des structures et l’Etat afin d’asseoir une gestion participative. Pour pallier le problème de nos disciplines martiales, il est temps d’instituer une Fédération des Arts Martiaux du Sénégal (FAMS). Cette structure sera au chevet de la tutelle (Ministère) qui peine à appliquer sa vraie politique pour les arts martiaux. Au vue du même idéal qui sous-tend les arts martiaux, la création de la FAMS ne devrait pas nécessiter beaucoup d’ingéniosité. La philosophie des arts martiaux, fondée sur le « DO », la voie, mène le pratiquant à l’équilibre, à la tolérance, à la persévérance, à la maîtrise de soi et à l’humilité. Les principes des arts martiaux convergent vers un idéal commun permettant au pratiquant de se forger un mental de fer, de maîtriser sa peur et ses émotions et de trouver la paix intérieure. La FAMS ne sera pas une structure de trop mais une instance de coordination et d’échange regroupant toutes les disciplines martiales à l’échelle nationale et pourra avoir des antennes régionales sous forme de ligues et de Fédération des sports universitaires. Sa création ne pourra nullement entrainer des conflits de compétence avec le Comité National Olympique et Sportif Sénégalais (CNOSS) qui continuera d’assurer pleinement la coordination générale du sport national. Entre autre exemple, au Sénégal, la Famille des Arts Martiaux de l’UCAD (FAM-UCAD) qui réunie un effectif de plus de mille membres composant tous les clubs de l’UCAD (Aïkido, Judo, Kali Arnis Skrima, Karaté, Kung Fu, Nanbudo, Taekwondo, Vovinam Viet vo Dao) constitue un modèle parfait. Au vue des performances de l’Algérie sur la scène internationale des sports de combats, l’on peut se demander leur magie. Un tour dans ce pays maghrébin nous a permis de voir l’expérimentation d’une fédération nationale d’arts martiaux qui porte le célèbre nom : Fédération Algérienne des Arts Martiaux (FAAM). Celle-ci réunie tous les arts martiaux pratiqués en Algérie dans un cadre d’échange et de solidarité. La liste des exemples est longue. Qu’attendent donc nos dirigeants ?

Bref, les avantages de cette fédération nationale sont importants. Sa parfaite démocratie aidera à mettre fin aux groupuscules qui se forment ça et là par les acteurs d’un même sport. Nous pourrons assurer une meilleure promotion des Arts Martiaux à travers des activités de masses. Ces dernières intéresseront les sponsors et la presse. La mise en place de cette structure pourra asseoir plus de solidarité, principe fondamental de la philosophie des arts martiaux, entre les pratiquants, mais aussi un partage d’expériences entre les disciplines respectives. La question de la pluralité des Fédérations (environ 46 fédérations existent au Sénégal) sera une équation résolue en ce qui concerne les arts martiaux et facilitera le partenariat avec la tutelle. Evoluant dans un pays où les moyens alloués au sport sont insuffisants, cette instance permettrait l’efficience des dépenses et un meilleur planning des activités des clubs pour l’occupation des infrastructures déficitaires. L’organisation de manifestations collectives telles que des randonnées pédestres, des démonstrations d’arts martiaux, des conférences-débats sur la philosophie des arts martiaux et des activités humanitaires (don de sang, téléthon, etc.) pourront connaître un réel succès.

Les arts martiaux sont des sports de prédilection pour la jeunesse. A cet effet, les intégrer dans les espaces de formation des jeunes, les écoles, les lycées, les universités permettrait d’avoir plus de ressources humaines au bénéfice du sport national. Le succès de la politique sportive de notre pays repose en partie sur ses infrastructures. La construction de stades, de complexes sportifs et omnisports, d’arènes, demeure une réponse adéquate au problème du sport. Les formateurs doivent être bien certifiés ; la sélection des athlètes et même le renouvellement des instances pilotant les structures sportives doivent se dérouler dans une plus grande transparence afin d’éviter l’implosion. Le Sénégal pourra enfin rayonner sur la scène internationale sportive et ses athlètes pourront gagner plus de trophées continentaux et mondiaux. Le développement du sport dans la plus grande stabilité entrainera un changement positif de comportement, gage de la formation d’un Nouveau Type de Sénégalais (NTS), de la paix dans les cœurs et de la réduction du chômage. Connaissant les aptitudes, les capacités d’innovation et de créativité des sénégalais, je suis sûr que notre pays peut être une grande nation de sport.

Diomaye DIENG,

Président de la Famille des Arts Martiaux de l’UCAD (FAM-UCAD)

Secrétaire Général de l’Association Vovinam Intercontinental Sénégal (AVIS)

Secrétaire Administratif de la Fédération Africaine de Vovinam (FAVV)

Tel : 0022177 036 40 44/00221 77 570 49 99

Email : diengdiomaye@yahoo.fr

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